Dans les rues de ma ville que rien ne distingue dune autre ville, se réveille de temps à autre un esprit, un fantôme... qui na rien de commun avec ceux qui hantent le val, et encore moins avec le dragon du lavoir il est infiniment plus jeune que chacun de nous, son sommeil a la lourdeur et la profondeur de ceux qui affectent les choses et les êtres que les hommes ont oubliés et qui nont jamais existé que par et pour eux, contrairement à nous. Cest un esprit étrange, presque invisible dans la lumière du jour, et que la lune découpe avec peine. Un souvenir ancien qui cherche désespérément une forme pour se matérialiser. Il choisit des êtres pour se réchauffer despoir, pas de ces êtres faibles qui vont se dresser au centre dune place et psalmodier dans une langue enflammée la narration dune apparition nébuleuse, mais des âmes sereines, qui se passionneront pour ce quil fut (ce quil continue à être), pour cette ville, pour cette contrée et voudront le faire revivre, le tirer de loubli, de la mort lente qui ronge les matériaux forgés par les hommes. |
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Déjà ils sont quatre-vingt, cent, cent-soixante-dix à uvrer, à rassembler des pièces, des outils, qui éparpillés en leur temps, vécurent leur vie au service au des hommes et qui achèvent leur service dans quelque hangar. Déjà ils ont réuni maints documents, journaux parfois vieux dun siècle. Bientôt sûrement, cet esprit le sait, peut-être demain, dans cinq ou dix ans, ce souvenir chétif dun industriel qui en son temps fit vivre toute sa région, verra se créer enfin, le musée quil appelle de ses vux.
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