Il ne s'agit que d'un simple lavoir, pas très original dans son architecture. Un rectangle adossé à un mur de quatre mètres de haut. Une petite cour protégé par un auvent de tuiles plates. Seule la pluie le remplit, ou du moins pourrait le remplir si les années n'avaient si bien fissuré le ciment, que seule subsiste juste assez d'humidité pour que de la mousse parfois verdisse la pierre. Une fois par an, à la fin de l'automne, des employés municipaux viennent nettoyer les feuilles mortes qui s'y amoncellent. |
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Un chat noir, seul, le hante. Depuis de longues années, il y a installé sa tanière. Il n'en est pas délogé, sauf par quelques chiens au cours de leur promenade quotidienne. Régulièrement, il trouve dans un recoin du lavoir, là où jaillissait jadis la fontaine, un peu de nourriture déposée par une vieille femme. Cette vieille d'entre les vieilles, qui pourrait ressembler à une sorcière, si ces femmes n'étaient autre qu'un mythe, habite dans la plus vieille maison de l'ancien bourg, celle qui jamais n'a été refaite, celle qui a été d'année en année consolidée à la diable et dont on attend, pour construire sur le terrain libéré une résidence, que la mort de l'actuelle locataire. La toute vieille, si elle était encore écoutée, pourrait raconter qu'il n'y a pas si longtemps, la nuit, des femmes descendaient les quelques marches qui de la rue mènent au lavoir, s'agenouillaient et trempaient leur linge dans l'eau limpide. Mais personne n'écoute la trop vieille femme lorsqu'elle crie de prendre garde à leur chant funeste... même lorsqu'une maison brûle et que des hommes disparaissent. Les Lavandières de la Nuit sont comme les sorcières et les lutins, des êtres imaginaires...
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