Lycée Le Rebours
LA MORSURE
par Camille Renault
Tous les ans, depuis ma plus tendre enfance, nous partîmes
en vacances, en famille, chez mes grands-parents maternels, dans
le Nord-Ouest de la France. Dans un petit village perdu au milieu
des champs, à cinq kilomètres de la ville la plus
proche qui se nomme Revigny/Ornain. Un petit village, sympathique,
composé d'une place pour le marché et de quelques
magasins aux alentours et pour le besoin de tous les jeunes, un
stade de football. Comme tout village de campagne, Rancourt/Ornain
est composé d'une église, d'un café et plein
de maisons typiques de l'ouest avec tout autour, des champs. Celui-ci
est composé de deux cent trente deux habitants dont mes
grands-parents qui habitent une demeure qui date de mille huit
cent quatre-vingts léguée par héritage.
Cette maison est relativement vieille mais reste sublime avec
tous ces meubles anciens et d'une décoration faite de tableaux
de chasse, de portraits, d'armures, d'épées, de
sabres datant des guerres. C'est un domicile relativement grand,
entouré d'un parc qui, auparavant, était une écurie
pour les chevaux au moment de la guerre et qui de nos jours est
transformé en parc pour les moutons. Avec en face de la
porte de la cuisine, un petit jardin composé d'une ancienne
fontaine surmontée d'un pigeonnier qui, maintenant, assure
un véritable amusement pour le chat. En face de cet habitat
de trois étages faisant dans l'ensemble un hectare cinq
cent, habitait mon ami d'enfance car il n'y a pas si longtemps
celui-ci a déménagé à Revigny mais
le petit chalet dans lequel il habitait typique de celui qu'on
rencontre à la montagne me rappelle ce jour dont on rigole
encore.
C'était le moment où dans la Meuse, les sapins,
les arbres, tous les petits villages sont illuminés et
décorés de boules, de guirlandes, vous avez deviné,
c'est Noël ; cet instant féerique que tout le monde
attend que l'on soit petit ou grand. Mon cher ami Alban est un
garçon qui m'est assez sympathique et avec qui je rigole
beaucoup, bien que de temps en temps, il ait mauvais caractère.
C'est un garçon, brun, rasé, les yeux bleus et qui
aime comme tout le monde recevoir des cadeaux à cette période
de l'année ! La veille de Noël, nous rêvions
de ce que nous allions avoir, lui espérait à tout
prix avoir un pistolet à fléchette, il n'arrêtait
pas de m'en parler et moi, je rêvais d'avoir des rollers.
Alors nous en discutâmes, tout en nous amusant dans la paille
chez le voisin. Une personne très charmante aimant beaucoup
que l'on vienne chez lui. Pour nous c'était réciproque
car il nous avait appris la vie de tous les animaux de la ferme
et pour notre plus grand plaisir, il nous racontait des histoires
et nous laissait caresser ses lapins, ses oies, ses poules. Il
se faisait tard, alors nous rentrâmes tous les deux en croisant
les doigts très forts dans l'espoir d'avoir ce que nous
voulions. Minuit sonna, tout le monde à la maison était
heureux, on avait fait éclater la bombe, on s'était
tous déguisés avec les affaires de grand-mère
et de grand-père. Le moment agréable arriva, l'ouverture
des cadeaux. Alors je découvris avec grand cur, mes
sublimes rollers dont je rêvais tant. A cet instant précis,
je pensais à Alban en espérant que son voues serait
réalisé. Je dus aller me coucher, alors j'attendis
avec grande impatience le lendemain matin. Dix heures sonnèrent,
je partis déjeuné, me laver et tout de suite après
dîner, j'allai voir mon meilleur ami en espérant
toujours et encore qu'il eût ses fléchettes. Car
moi, mes patins au pied, je ne voulu pas lui faire de la peine.
Tout content de me voir, il courut depuis le fond du jardin jusqu'à
moi, heureux, souriant, il me montra tous ses cadeaux dont les
fléchettes qu'il désiraient tant. Ainsi, nous jouâmes
avec toute la journée, jusqu'au moment fatal.
En plein milieu de son jardin, il y a un immense sapin que
son père avait eu beaucoup de mal à décorer.
Celui-ci faisait bien quatre fois notre taille et sans le faire
exprés, Alban voulut me montrer comment son pistolet fonctionnait,
alors il le dirigea vers le sapin et là il tira à
un endroit inaccessible pour nous car nous étions trop
petits. Malgré tous nos efforts de le secouer, de sauter,
au lieu de faire tomber la fléchette, nous firent tombés
quelques boules et déplaçâmes les guirlandes
lumineuses. Son père dans tous ses états en nous
voyant toucher son sapin fétiche, nous demanda d'un ton
sévère de bien vouloir aller jouer ailleurs. N'ayant
pas vu la fléchette, il demanda gentiment à son
père de bien vouloir la lui décrocher. Son père
ayant bien du mal à se remettre de nos bêtises, dit
à Alban que s'il remettait la fléchette dans ce
sapin de malheur, il aurait à faire à lui. Alors
Alban, tout penaud, vint me rejoindre tout en pleurnichant et
m'expliqua ce qu'il lui avait dit. Tous deux déçus,
nous jouâmes au ballon chez le voisin, le temps que son
père remette en place l'arbre. N'aimant guère jouer
au football, j'étais mauvaise joueuse et Alban, pour se
moquer me fit bien comprendre que j'avais perdu en me répétant
à tue-tête : " Tu as perdu tatatitaterre."
. Je me vexa, mais cela passa plus vite qu'il ne le pensait. Son
père n'étant plus là, nous retournions au
jardin, il retourna chercher ses fléchettes qu'il lui avait
confisquées et lui dit par la fenêtre : "Attention
à toi, si tu la remets, tu sais ce que tu risques, je t'aurai
prévenu.". Sur ces mots, Alban têtue comme une
mule, fit sourde oreille, fier d'avoir gagné, retrouvant
le plaisir de la compétition, il tira sans faire attention
à ce qu'il faisait si bien que par malchance se fut dans
le sapin que celle-ci retomba. Il ne voulut rien dire à
son père, et décida de se débrouiller tout
seul. Et moi, vexée de tout ce qu'il m'avait fait et dit
depuis le moment où il mit la première flèche
dans le sapin, je courus vers la maison pour me venger, mais j'eus
à peine la temps de monter les marches qui donnait à
la cuisine qu'il me rattrapa et me mordit dans le dos à
pleine dents. Moi, je criai de toute mes forces, son père
accourut, vit la morsure car je saignais, il eut une fessée
et tout ce qui s'en suit car je ne sus la suite vu que je rentrai
chez moi directement.
Mais depuis ce moment, le jour de Noël restera en mémoire
pour nos familles et pour moi aussi car la trace demeure.