Lycée Le Rebours


Jeanne d'Arc : un mythe national

par Nicolas Darowny et Hillel Ibbou


Plan :

Introduction

1- Jeanne d'Arc oubliée

2- Jeanne d'Arc utilisée

3- Jeanne d'Arc redécouverte

Conclusion


Introduction


Tombée dans l'oubli durant trois siècles, Jeanne d'Arc réapparait après la Révolution pour occuper au XIXème siècle et jusqu'au régime de Vichy, une place centrale dans les débats politiques et idéologiques.

Le culte de Jeanne d'Arc est un mythe extraordinaire, tour à tour " fille du peuple " révolutionnaire, restauratrice de la monarchie et de l'ordre divin, patriote trahie par les élites et l'Eglise. A travers tout cela s'écrit toute l'histoire du nationalisme français au XIXème siècle.

Jeanne d'Arc présente également un engrenage intéressant de querelles politico-idéologiques et de progrès objectifs dans la conception de l'histoire. Pourquoi et comment Jeanne fut-elle oubliée ? Dans quelles circonstances est-elle réapparue ? Comment a-t-elle été utilisée à travers les siècles ? Voici les questions que nous traiterons.


1- Jeanne d'Arc oubliée


Charles VII n'a rien tenté pour soustraire Jeanne à ses ennemis Mais, beaucoup plus tard, en 1450, deux mois après avoir fait son entrée solennelle dans Rouen reconquise, il donne l'ordre d'enquêter sur les circonstances du procès et du supplice de Jeanne. Par la suite, un procès de réhabilitation est entrepris en se basant sur les documents de Rouen. En 1455, sa mère, Isabelle, et ses deux frères, obtiennent du pape Calixte III un rescrit pontifical permettant d'entreprendre la réhabilitation. Celle-ci, oeuvre du grand inquisiteur Jean Bréhal et de l'archevêque de Rouen Guillaume d'Estouteville, est signée à Rouen le 7 juillet 1456.

Mais déjà une querelle politique se partage Jeanne. Les auteurs " bourguignons " soutiennent la thèse que Jeanne se serait ni divine ni satanique, mais une fille simple, jouet des hommes politiques, prétendument envoyée par Dieu pour redonner du courage aux troupes. Même le procès en réhabilitation de 1456, dont l'objectif était de laver Jeanne de tout soupçon de diablerie et de prouver ainsi la légitimité du règne de Charles VII qui lui devait le trône, n'a rien changé aux positions antagonistes quant à son rôle.

Cependant, dans la seconde moitié du Xvème siècle, la merveilleuse histoire de la Pucelle d'Orléans perd de son importance. Au fur et à mesure que le souvenir de ces évènements s'estompait dans la mémoire collective, les descriptions devenaient de plus en plus froides.


2- Jeanne d'Arc utilisée


Jeanne d'Arc, mythe révolutionnaire :

Jeanne, croquis de 1429 Dans un registre du Parlement de 1429, le greffier a dessiné la silhouette de Jeanne d'Arc avec son étendard orné de lettres qui signifient Jésus. Ainsi Jeanne est illustrée dans le très républicain manuel d'Histoire (classe de troisième) de Malet et Isaac (Hachette) édition 1927.



Le mythe de Jeanne d'Arc prend de l'amplitude au moment de la Révolution de 1789 à 1794.

Le 21 juin 1791 est présentée au Conseil municipal de Paris un projet qui prévoit de rendre hommage à " l'héroïne française connue sous le nom de Pucelle d'Orléans " à l'occasion du deuxième anniversaire de la prise de la Bastille. Cette proposition n'est pas retenue. Mais elle reflète une certaine ambivalence dans l'attitude des révolutionnaires.

La meilleure preuve de cette ambivalence se trouve lors de la destruction à Orléans du monument de Jeanne d'Arc, acte que les pourfendeurs de la " Révolution impie " ne manquent pas d'évoquer au XIXème siècle. En août 1792, on propose au conseil municipal d'Orléans de fondre le monument " royaliste " pour en faire des canons. Le conseil d'oppose d'abord à cette proposition en faisant valoir que " le monument de la Pucelle " n'est en rien un symbole de féodalisme et " une offense au peuple français ". Au contraire, il est présenté comme un " témoignage glorieux ". L'administration départementale passa outre et ordonna la fonte de la statue. Le conseil municipal obtempère mais décide que " pour conserver la mémoire de la Pucelle, un des canons porterait le nom de Jeanne d'Arc, surnommée la Pucelle d'Orléans ".

Un épisode analogue se produit à Rouen, ville où Jeanne fut suppliciée. La fontaine du marché, décorée de son portrait, fut sauvée de la destruction grâce au conseil municipal dont certains membres firent valoir qu'après tout elle était une enfant du Tiers-Etat. Le dernier fait que l'on puisse retenir de l'époque révolutionnaire est la suppression de la " fête de la Pucelle " qui s'était perpétuée depuis 1432. Il est vrai que, sous la monarchie, ces fêtes avaient un caractère fortement royaliste. Ce qui est étonnant c'est que la fête n'ait pas été réinstaurée de toute la période révolutionnaire.

Citons maintenant quelques paroles d'écrivains en allusion à Jeanne d'Arc. Un bon exemple est Michelet : " à des siècles de distance, les parisiens qui assaillent la Bastille retrouvent la témérité des soldats de la Pucelle ". Maurice Barrès approuve expressément la thèse de Michelet : " Jeanne d'Arc est un fruit de notre temps. Jusqu'à la Révolution, jusqu'à l'envahissement du sol, on n'a pas su ce qu'elle était. On la méprisait, on l'habillait à l'antique. Cette fille du peuple a été une trouvaille de la démocratie, du peuple prenant la parole ". Il semble bien qu'après des siècle sd'interprétation royaliste du personnage de la Pucelle, ce soit l'aversion qui l'ait emporté chez les révolutionnaires. Néanmoins, quelques décennies plus tard, le mythe de la Révolution française se conjugue à un extraordinaire regain d'intérêt pour Jeanne d'Arc, la fille issue du peuple considérée comme " la douce héritière du mouvement brutal des jacques ".

En 1803, Napoléon intervient pour le remplacement du monument d'Orléans avec les arguments suivants : " l'illustre Jeanne d'Arc a prouvé qu'il n'est point de miracle que le génie français ne puisse opérer lorsque l'indépendance nationale est menacée. Unie, la nation française n'a jamais été vaincue, mais nos voisins, abusant de la franchise et de la loyauté de notre caractère, semèrent constamment parmi nous les dissensions d'où naquirent les calamités de l'époque où vécut l'héroïne française et tous les désastres que rappelle notre histoire ".

L'époque de la première guerre mondiale fut une confirmation de la fixation de ce culte de Jeanne d'Arc. La peur de mourir tourna les soldats vers Jeanne. Ainsi le souvenir était si vif que le nom de Jeanne d'Arc suffisait à redonner du courage à un socialiste au fond d'une tranchée.


3- Jeanne d'Arc redécouverte :


Jeanne a été oubliée pendant trois siècles. Elle est redécouverte pendant la Révolution, nous l'avons vu.

Mais elle va bientôt faire place à une polémique bruyante qui jouera un rôle très important dans la canonisation de la Pucelle.

En 1870 deux mouvements s'afrontent, l'un républicain-patriotique, l'autre religieux. L'annexion de l'Alsace-Lorraine aurait pu rapprocher les deux mouvements. Sans elle, la figure historique de Jeanne d'Arc n'aurait pas atteint cette popularité. Elle est entrainée dans une croisade pour la revanche. La vénération de Jeanne fit un bond en avant. Domrémy devint " Domrémy la Pucelle ", lieu de vénération catholique.

La Première Guerre mondiale fut pour le culte de Jeanne une confirmation de la fossilisation. Le souvenir des gauches était si vif que le nom de Jeanne suffisait à redonner du courage à un socialiste au fond d'une tranchée.

L'élément le plus important de cette continuité était sans doute la commémoration annuelle de la libération d'Orléans. De nombreux prédicateurs célèbres se rendent à Orléans à cette occasion.

On propose de comémorer Jeanne par un jour de fête nationale. La décision est prise en 1920. On choisit le 30 mai, date de son exécution à Rouen.


Conclusion


Jeanne était-elle une filel du peuple envoyée par Dieu pour sauver la France ? Etait-elle une sainte ou le jouet d'une imagination débordante ? En fonction du contexte politique, des réponses diverses ont été apportées. Et comme ses exploits sombrèerent dans l'oubli aux XVIème et XVIIème siècles, les réponses devinrent stéréotypées.

L'idée née au XVIème siècle selon laquelle Jeanne aurait été un instrument employé par les princes à des fins politiques s'accordait avec la nouvelle monarchie absolue du Grand Siècle. La canonisation fut motivée par des considérations de politique extérieure à court terme en 1920.