Lycée Le Rebours



Clovis dans l'Histoire de France

Samuela Diane Defo, Edwige Petitet.


Plan :

Introduction

1- Hincmar et la naissance de la légende de Clovis au IXème siècle

2- Au XIVème siècle, le retour de Clovis

3- La révision de l'image de Clovis

Conclusion

Lexique

Bibliographie


Introduction


Clovis, roi cruel et ambitieux, devient célèbre par son baptême et les légendes qui l'entourent. Il est aujourd'hui considéré comme le premier roi, le premier chrétien et le premier des Français. Comment ce roi a-t-il été perçu pendant 15 siècles ? Pourquoi avoir conservé son image ?


1- Hincmar et la naissance de la légende de Clovis au IXème siècle


miniature du XIVeme siecle Cette miniature du XIVème siècle montre le baptême de Clovis : le roi est dans la cuve baptismale, il reçoit de l'archevêque de Reims, Saint Rémi, l'huile sainte apportée dans la Sainte Ampoule par une colombe. Clovis est couronné.



En 496 Clovis est baptisé par l'évêque de Reims, Rémi. Pour cette raison, au Ixème siècle, l'église de Reims s'estime en droit d'avoir le monopole du privilège de sacrer les rois et cherche à supplanter sa rivale, l'église de Sens. Ce monopole, elle l'obtint lors du sacre de Louis, futur Louis VII. Clovis est étroitement lié à la conquête de ce monopole puisqu'il en est le fondement. Sa mémoire en profita grandement.

A partir de 845, et pour 37 ans, Hincmar occupe le siège de Reims. Il se consacre à fortifier, enrichir son église, tirant admirablement partie de Rémi qu'il appelle l'apôtre des Francs. Il magnifie son rôle et lui prête de nombreuses déclarations. L'une d'elles lui permet de faire de l'archevêque de Reims le juge des comportements royaux. C'est sous son épiscopat qu'est fabriquée la lettre d'Hormidas à Rémi pour fortifier sa position face au roi. Foulques, successeur d'Hincmar, sera le premier à l'utiliser pour rétablir sur le trône Charles III, écarté de la royauté au profit d'Eudes, comte de Paris. La légitimité de Charles s'imposa parce qu'il était le descendant de Clovis.

C'est ainsi que l'église de Reims commence à s'imposer, grâce à un arsenal de textes et de décalarations où le faux et l'authentique se mèlent. A partir du testament de Rémi, enrichi et augmenté, il est affirmé pour la première fois que l'archevêque de Reims " élit ", c'est à dire choisit par instruction divine, le titulaire de la royauté par référence au baptême de Clovis par rémi.

Entre 1150 et 1250 environ, la royauté française s'installe et s'enracine dans ses rites et son idéologie. Le roi des Francs devient le roi de France et se fait proclamer le plus puissant d'occident. La mémoire de Clovis se stabilise. La version la plus officielle du récit de sa vie est rédigée en langue vulgaire ce qui ouvre l'accès à un nouveau public. A la fin du Moyen-Age, grâce à une somme impressionnante que réunit Vincent de Beauvais pour Saint Louis le Dominicain, la mémoire de Clovis imprègne le savoir historique.

Cependant, la figure de Charlemagne l'emporte de beaucoup sur celle de Clovis. C'est à lui d'abord que la dynastie régnante s'efforce de s'affilier. Il représente ce qu'il y a de plus impressionant politiquement et idéologiquement parce que son empire coincide avec la chrétienté entière. On tente de lui ressembler.


2- Au XIVème siècle, le retour de Clovis


Le retour en force de Clovis se réalise entre 1340 et 1460 dans une période de crise dynastique et nationale. Il acquiert alors une seconde image.

Clovis exercait dans le système monarchique une fonction à la fois paisible et discrète jusqu'à la mort du 3ème fils de Philippe-le-Bel, Charles IV, en 1328. Se pose alors un problème de succession puisqu'aucun des trois fils de Philippe-le-Bel n'a laissé d'héritier mâle. Il faut choisir entre Philippe de Valois, neveu du défunt roi, et son petit-fils, par Isabelle de France, Edouard III d'Angleterre. Le motif du choix est de caractère national : il faut un roi français, un " prince des fleurs de lys ". Ces princes issus des frères de Saint Louis ont le droit de porter, à l'instar du roi, l'insigne des fleurs de lys. C'est alors que réappariat Clovis.

Premier roi des fleurs de lys, Clovis se substitue à Charlemagne comme premier destinataire de " l'oriflamme ", signe de victoire du roi très chrétien. Or le premier roi victorieux parce que très chrétien est Clovis. L'ange qui lui a procuré les fleurs de lys lui a aussi donné l'oriflamme. Peu avant 1450, Robert Blondel écrit : " Dieu transmit en France les armes des fleurs de lys avec l'oriflamme et la Sainte Ampoule ". Ainsi viennent de Clovis trois signes célestes dont aucun roi ne peut se prévaloirn et surtout pas l'Anglais. S'y ajoute un quatrième : la capacité à guérir les malades. A partir de Philippe Ier, le roi de France est pourvu de ce pouvoir. Au XIIIème siècle, on admet que ce pouvoir est lié au sacre; donc à Clovis, premier roi sacré. Ainsi Clovis achève d'asseoir sa figure de médiateur entre Dieu et le royaume de France.

En 1579, le juriste de Béziers Etienne Forcatel raconte dans un traité que clovis a guéri les abcès d'un écuyer. Cette version a un succès considérable. Le roi très chrétien, la colombe, le Saint Chrême, les lys, l'oriflamme, la guérison des écrouelles : en deux siècles Clovis concentre en sa personne l'origine des attributs de la royauté française. L'ancienneté de Clovis est pour une royauté en difficulté un gage de pérennité.

On s'appuie alors sur la loi salique pour interdire la succession au trône par les femmes. Cette loi est attribuée à un certain Pharamond, premier roi des Francs. Avant le milieu du Xvème siècle, l'entourage de Charles VII tient Clovis pour le père de la loi salique. Il devient génant que l'un des textes qui fonde la royauté ait pour origine un roi paën comme Pharamond. Clovis par la loi salique institue l'exclusion des femmes. Il reçoit le sacre qui fait de lui, comme le dit Jean Jouvenel, " personne ecclésiastique, alors que les femmes sont exclues de la prêtrise et ne peuvent dispenser aucun sacrement ". Il est sacré par une sainte huile alors que, pour le même, " ni ne fut femme, reine ou autre, qui fut sacrée par ladite sainte huile ". Bref, aux partisans de la royauté féminine et aux Anglais en particulier, le nom de Clovis est une réponse suffisante.

De nombreux ecclésiastiques s'appuient sur des " donations " de Clovis pour préserver leurs biens : l'archevêque de Reims, les abbés de Moissac par exemple. A Moissac, Clovis est vénéré comme un saint. Jean Jouvenel, à la fin du Moyen-Age, le cite également comme un saint, avec Saint Charlemagne et Saint Louis. Cependant sa dimension guerrière se prête mal à sa canonisation. A Strasbourg, une légende raconte que Rémi puisa l'eau du baptême de Clovis au centre de la ville. Fin XIIIème, une statue équestre de Clovis est placée sur la façade de la cathédrale, à coté de Dagobert.


3- La révision de l'image de Clovis


Clovis, Histoire de France 1953 Extrait de l'Histoire de France de E. Personne, Cours élémentaire, A Colin 1953, une vision républicaine de Clovis en chef barbare armé de la francisque.




Au XVème siècle, un des premiers savants à exprimer des doutes sur certains éléments du cycle de Clovis est Rober Gaguin. Universitaire très au fait des progrès de la philologie, il émet quelques doutes sur la remise des lys et de l'oriflamme.

Au XVIème siècle, les mythes de Clovis sont démolis par plusieurs historiens. Un des plus actifs est Bernard Girard, seigneur du Maillan. Cet historiographe royal, dans son " Histoire de France " (1576) met en doute l'attribution de la conversion de Clovis à Clotilde. Pour lui,le roi avait des motifs politiques et non religieux.

Ainsi en moins d'un siècle, Clovis est dépouillé de ses ornements le splus valorisants : la colombe du Saint-Esprit, le lys, la vertu sans tâches. Naturellement la légende n'est pas totalement évacuée. Elle continue à garantir l'ancieneté de la monarchie et son caractère sacré. La propagande politique qui se déploie au moment des sacres continue à se référer à Clovis jusqu'à la fin de l'Ancien Régime et tend à maintenir intact le mythe.

Au XVIIIème siècle, plusieurs auteurs s'attaquent au baptême de Clovis. Dès lors, mêmes les historiens les plus favorables au trône, invoquent " le désir de Clovis de se rendre seul et absolu monarque de toutes les Gaules " pour justifier son baptême. Ainsi Clovis est fortement laïcisé chez les esprits éclairés. Face au développement du savoir, le mythe a perdu la plupart de ses positions. Clovis est renvoyé à sa dimension purement historique.

Clovis sort en piteux état de la Révolution. Il est pris dans un mouvement divergent qui achève de dédoubler sa personnalité. Dans un premier temps il est remis en scène dans son role traditionnel, tandis que l'histoire nationale l'incorpore sous de straits diférents. Il est ensuite enrolé dans le camp des royalistes et catholiques traditionnels tandis que la République le place en tête des grands hommes qui ont construit la nation française.

Charles X décide d'inscrire son sacre dans le droit fil du baptême de Clovis. Mais tandis que Clovis premier roi très chrétien mène pour le dernier roi sacré un combat d'arrière-saison, un autre Clovis, guerrier, barbare et conquérant fait son entrée grâce à la jeune génération à qui Chateaubriand a ouvert la voie.

Les nouveaux historiens cherchent à rendre à Clovis ses origine sgermaniques. Il y gagne un nouveau nom. Augustin Thierry en 1820 le nomme Chlodowig. Chateaubriand écrit Khlodovigh. Sous la monarchie de Juillet, ces universitaires arrivent au pouvoir. Avec eux se développent l'instruction publique et l'histoire savante et nationale. Cette histoire laïque est difusée dans les manuels scolaires par l'intermédiare de Victor Duruy, Ernest Lavisse, etc... La République, grâce à eux, voit dans Clovis la première equisse de l'identité nationale. Clovis fait figure de roi très français face au teuton Charlemagne à qui on donne les traits de Guillaume Ier...

Face à ce Clovis intégré à la République, les légitimistes et ls conservateurs du clergé réagissent. L'école est le champ de bataille le plus fréquenté. Dans les manuels de l'enseignement libre, c'est en 496 que commence l'histoire de France. L'enseignement laïc riposte en reportant le début de l'histoire de France sur Vercingétorix.

Ce dédoublement de Clovis cessera après la guerre de 1914-18. Dès lors, la mémoire de Clovis peut se prêter à toutes les opérations. Le fait que la France existe depuis 1500 ans rassure : un pays si ancien ne peut pas disparaitre. Clovis est installé à la source du légendaire national.


Conclusion


Clovis est un des personnages les mieux connus : dès l'école primaire les enfants entendent parler du vase de Soissons. Très tôt les légendes se sont emparées de lui : chacun selon son idéologie a parlé du roi franc. Son nom est utilisé par le smonarques contre les Anglais ou pour régler de problèmes de succession, par les églises en quête de fondateur idéal.

Son mythe a atteint sa plus grande puissance au Xvème siècle. Il demeure encore dans l'esprit des Français comme le premier roi.


Lexique


Fleurs de lys : emblème des armes de Clovis. Selon la légende, un ange les aurait donné à Clovis en précisant que ces signes lui donneraient la victoire.

Loi salique : loi barbare rédigée en partie au Vème siècle. Depuis le XIVème siècle on retient surtout le chapitre qui exclue les femmes de l'héritage foncier.

Oriflamme : étoffe rouge montée sur une hampe qui est la bannière de l'abbaye de Saint-Denis.

Sainte Ampoule : ampoule contenant le Saint-Chrême apporté selon la légende par une colombe. Elle est conservée à Saint-Rémi de Reims depuis le XIIème siècle.


Bibliographie :


Laurent Theis, Clovis, éditions Complexe, 1996.

Pierre Riché, La légende de Clovis, L'Histoire n°202.

Laurent Theis, Un élément du patrimoine, Historia n° 592.

Grand Larousse, Paris 1996.