Naviguer en cours d'histoire-géographie

L'apparition d'un nouvel outil dans le monde scolaire, surtout quand il permet des ouvertures aussi variées qu'internet, a comme effet heureux de nous amener à tâtonner, à réfléchir et à échanger sur nos pratiques.

Internet se plie à bien des usages intéressants pour l'historien et le géographe. S'il nous donne l'occasion de lancer les élèves dans des projets d'édition électronique, son utilisation la plus immédiate est la consultation de sites.


Réaliser un portfolio électronique sur " la déforestation en Amazonie " en utilisant le web


Objectifs et situation :

En seconde, pendant l'étude de la gestion des milieux par les hommes, le professeur d'histoire-géographie doit accueillir un groupe d'élèves hétérogènes en module.

Il les répartit en deux groupes autour d'objectifs de remédiation différents :

La recherche d'informations :

La recherche débute par une visite à deux recueils d'adresses de sites environnementaux : http://www.odyssee.net/~sdesmar et http://alex.union-fin.fr/usr/vannier/ecologie. On y ajoutera le serveur écologiste anglophone RAN (http://www.ran.org), consacré aux forêts tropicales, et Envirolink (http://www.envirolink.org).

Elle continue sur les moteurs de recherche Yahoo et Altavista en utilisant les mots " amazonie " et " déforestation ". Ce qui permet de visiter quelques sites prometteurs :

- http://www.chez.com/bibelec/publications/international/amazonie.htm qui est un court mémoire sur le développement durable en Amazonie

- le projet Abracos de surveillance climatique de l'Amazonie (http://www.nwl.ac.uk/ih/prototype/research/abraconc.html

- l'Oak Ridge National Laboratory (http://www.esd.ornl.gov/iab/iab3_10.htm)

Le catalogue de Thierry Hatt nous fait gagner du temps dans la recherche d'images satellitales (http://www.ac-Strasbourg.fr/Pedagogie/HIST-GEO/prt_geol.htm). Il donne accès à des images commentées sur le site EduSpot (http://www.geo.ulg.ac.be/EduSpot/Scenes/Amazonia.html) ainsi qu'à une banque japonaise (http://mentor.eorc.nasda.go.jp/Gallery/South-America). Enfin, l'enseignant a accès au gigantesque catalogue de Spot image (http://www.spot.com). Certes, cette banque de données est délicate à manier. L'utilisateur doit définir des coordonnées en espérant qu'elles soient à priori intéressantes. Dans cet exemple, nous choisissons les environs de Carajas et de sa voie ferrée. Mais un sondage s'est révélé tout autant intéressant au Rondonia, près de 2000 kilomètres plus à l'ouest. La banque de données ne permet pas d'élargir aisément la recherche. Aussi faut-il plusieurs heures pour dégager des images utilisables, représentant le même lieu à des dates différentes et point trop oblitèrées par de gros nuages. On privilégie des séries d'images qui permettent de bons commentaires explicatifs sur leur fabrication.

Enfin, l'enseignant a intérêt à consulter la presse. Il peut facilement accéder à la presse mondiale par http://www.relaisH.fr. Mais peu de quotidiens proposent des archives importantes en ligne. L'Humanité, La Tribune semblent les mieux équipés sur ce point. Chacun dispose d'un système de recherche sur internet qui permet d'obtenir facilement les articles relatifs à la déforestation de l'Amazonie (http://www.humanite.presse.fr et http://www.latribune.fr).

Il convient de ne pas négliger la presse anglophone. CNN (http://www.cnn.com) a de nombreuses informations en ligne, à charge pour l'enseignant de traduire en français ses courts articles.

Du tri à la réalisation :

L'enseignant dispose ainsi d'un stock d'informations qu'il va devoir trier pour ne retenir que des documents accessibles aux élèves. Il aura intérêt à amener les élèves à confronter ces documents bruts (images satellitales) ou journalistiques avec des commentaires scientifiques : extrait d'ouvrage universitaire ou de la Géographie Universelle par exemple. Il devra également, avec un logiciel de dessin, préparer les documents complémentaires : croquis d'interprétation des images satellitales par exemple.

L'assemblage se fait avec un éditeur html classique.

La séance modulaire :

Elle se fait en salle informatique. Avant la séance, faute d'un réseau l'enseignant a installé sur chaque poste un navigateur (Netscape 2.02 n'occupe, une fois zippé, que deux disquettes) puis, dans un répertoire ad hoc, l'hypertexte réalisé.

Après une présentation rapide du concept d'hypertexte et du fonctionnement du navigateur, le professeur répartit les élèves entre les deux groupes. Il ménage des plages de restitution en commun où les élèves pourront communiquer leurs résultats.

Une pratique judicieuse ?

Réaliser un portfolio de ce type comporte certains avantages par rapport à un exercice traditionnel :

- l'attrait que peut représenter la présentation nouvelle des documents

- la mise à disposition des élèves d'images satellitales récentes, variées et correspondant précisément à la région étudiée

- une information actualisée

- des sources d'information plus variées que tout exercice traditionnel

- des types de documents variés, adaptés à un public hétérogène

- la confrontation des textes scientifiques et des documents bruts (articles ou images) est particulièrement enrichissante

Mais il n'échappe pas à la critique :

- un portfolio n'est rien d'autre qu'un recueil documentaire. L'élève se retrouve dans une situation qu'il connait déjà.

- il n'est pas maître de sa recherche et n'affronte pas la question de la validité du document. Le professeur filtre l'accès (indirect) à internet et contrôle entièrement la situation.

Ainsi, si la pratique du portfolio renouvelle un peu le TP traditionnel, si elle peut rassurer des éducateurs timorés devant les dérapages possibles du web, elle profite peu des ouvertures pédagogiques offertes par Internet.

On pourra consulter ce portfolio sur la déforestation de l'Amazonie, ainsi que quelques autres, sur le site GéoNet à http://www.fdn.fr/~fjarraud/page5.htm.


Utiliser un web en classe : l'exemple de la station de La Plagne


Situation et objectifs :

En classe de première ES, à l'occasion de l'étude des espaces tertiaires, l'analyse d'une station de ski permet de mettre en évidence les acteurs de l'aménagement et présente un exemple particulièrement violent de modification et, par suite, de domination de l'espace. C'est également l'occasion de montrer comment une réalité de terrain s'inscrit dans un système.

La recherche et la capture du site :

Le moteur de recherche Yahoo (http://www.yahoo.fr) permet d'accéder rapidement, grâce à son catalogue, aux stations de ski. L'utilisation du mot-clé " La Plagne " donne accès à plusieurs sites entre lesquels il faudra choisir. Pour cet exercice, le site de Skifrance (http://www.skifrance.fr/73996/h-accu-f.htm) nous paraît le plus approprié. Skifrance propose d'ailleurs des pages pour l'ensemble des stations de ski françaises. On pourrait mener un exercice identique sur Les Arcs par exemple.

Dans un établissement qui ne dispose que d'un seul accès Internet, il faudra rendre le site accessible à la classe entière. Pour celà, une fois repéré, le site est récupéré sur le disque dur d'un ordinateur grâce au logiciel Mémoweb. L'enseignant l'installe ensuite sur le réseau ou sur les disques durs des ordinateurs d'une salle informatique. Cette manipulation est facilitée par un logiciel de compression, comme Pkzip, qui permet de recopier en un seul fichier, de taille réduite, la totalité des pages du site internet.

Pour une éducation du sens critique

Le site de La Plagne est une présentation de type publicitaire réalisée pour l'exploitant afin de promouvoir la station. C'est, à l'évidence, le cas de tous les sites internet commerciaux. Il est donc porteur d'un message qui n'est pas celui de l'enseignant.

L'enseignant doit exercer le regard critique de l'élève sur la masse d'informations dont il est bombardé. Cet objectif est essentiel. Cela passe par l'apport d'une documentation complémentaire. C'est la confrontation entre ces documents, de nature scientifique, et les pages du site qui permettront une analyse critique du web et cet apprentissage du regard. Dans cet exemple précis, la confrontation entre les dessins qui illustrent le site web et les cartes IGN (carte au 1/25.000ème et carte au 1/100.000ème) est très éclairante. On pourra compléter le dossier documentaire avec des articles de presse relatifs aux embouteillages, à l'enneigement, aux avalanches.

Cela amène à chercher les moyens de l'adéquation entre les intentions du professeur et la réalité du site.

Le professeur doit affirmer devant les élèves ses intentions. Si les objectifs ne sont pas explicites, les élèves ont peu de chances de trouver ce qu'ils ne cherchent pas. Laisser l'élève seul devant le web risque fort d'être une perte de temps. C'est toute la différence entre le " surf " sur internet et la construction de connaissances. L'affirmation de ces intentions se fera par un questionnaire remis aux élèves et correspondant aux étapes de la recherche d'information pour construire une connaissance.

Au long de la séance, des moments de communication permettent aux élèves d'échanger en groupe classe et au professeur de valider leurs déductions.

On trouvera sur GéoNet (http://www.fdn.fr/~fjarraud/page5.htm) ce travail sur La Plagne, ainsi que d'autres exemples d'utilisation de sites internet.


Communiquer avec le courrier électronique


Objectifs et situation :

En seconde, le programme d'histoire s'organise autour du thème de la citoyenneté. L'élève doit acquérir un ensemble de notions (Etat, nation etc...) qui lui semblent souvent interchangeables, abstraites et difficiles.

L'horaire modulaire permet au professeur de réunir les élèves en difficulté pour bâtir un échange sur deux ou trois séances à l'intérieur du groupe-classe et avec des lycéens étrangers. C'est cette situation de communication croisée qui amènera les élèves à cerner les notions et à les relier à leur vécu.

Les objectifs :

- en mettant les élèves en situation de communication à l'intérieur de la classe et avec les jeunes étrangers

- maîtriser les notions d'état et de nation

- éduquer aux valeurs républicaines

- prendre conscience des particularismes nationaux

- mettre en évidence les liens entre le programme d'histoire et les interrogations actuelles des élèves

Le déroulement :

Le professeur doit d'abord trouver une classe correspondante. Il peut le faire en utilisant les listes pédagogiques, par exemple H-Français (http://h-net.msu.edu/~francais), la messagerie canadienne Rescol-ca (par http://www.cru.fr/listes/) ou les newsgroups du réseau K-12 (http://www.kidlink.org). On peut également faire appel aux organismes officiels : ministères, Board of Education etc... facilement accessibles via Yahoo; ou même utiliser les sites internet des établissements. L'important est de s'entendre sur les thèmes et sur le calendrier de l'échange.

Il définit le projet avec les élèves : élaborer un questionnaire, soumis parallèlement aux deux classes sur la nation, les institutions, les droits de l'homme. Les élèves doivent, lors d'une première séance, définir les principaux axes de l'échange puis rédiger le texte du questionnaire, élaboré par petits groupes puis soumis au crible commun. Durant cette phase, on peut demander aux élèves de taper leurs questions dans un traitement de texte. On pourra ensuite assembler les morceaux ou poster des messages séparés en autant de fichiers attachés. Les questions sont ensuite envoyées aux camarades étrangers par courrier électronique.

Lors de la seconde séance, les réponses des deux classes sont analysées par petits groupes. L'analyse est terminée par la rédaction en commun d'une synthèse.

Une troisième séance peut éventuellement approfondir certains thèmes.

Evaluation :

Une enquête de ce type peut être menée par des moyens classiques à l'intérieur d'un établissement. Mais le courrier électronique donne, très facilement, une dimension internationale à cet échange. D'une part cela entraîne un engagement plus personnel des élèves. D'autre part, sur des sujets de ce type, cela confronte l'élève à des opinions variées, des distances culturelles éclairantes. A titre d'exemple, il apparait que les élèves américains connaissent bien mieux leurs droits individuels et sont plus conscients des menaces qui peuvent peser sur eux mais ont une approche bien différente du sentiment national.

Un moment particulièrement important est le dépouillement des réponses. C'est à ce moment là que les défauts de rédaction des questions, c'est-à-dire les erreurs dans la maîtrise des notions, apparaissent. Si les réponses sont floues ou " hors-sujet " c'est souvent que la question est mal posée. C'est l'élève qui se trouve en situation de correcteur.

Enfin, ces séances initient les élèves au maniement du courrier électronique. C'est une compétence qui pourra être réutilisée tout au long de l'année, par exemple pour mener des projets.


Internet et pédagogie de projet : le projet Calliopée


La muse Clio étant prise par une liste de diffusion en histoire-géographie (voir plus loin), c'est donc celle de la poésie, Calliopée, qui est mobilisée au service de la francophonie depuis la rentrée 1996. Un premier projet "Calliopée I" est terminé depuis mai 1997 et consultable en ligne à http://www.ambafrance.org/CALLIOPEE. C'est son histoire qui fait l'objet de cet article. Calliopée II est en cours. Il sera sur le réseau au printemps 1998.

Histoire de Calliopée

Calliopée est un projet imaginé par Christophe Guy, boursier Lavoisier, et soutenu par l'ambassade de France à Ottawa avec le support d'Industrie Canada. Il s'agissait de raffermir les liens à travers l'espace francophone en faisant réaliser en commun, par 120 écoliers et lycéens français et canadiens, sur des thèmes de géographie, un web francophone.

Contacté début janvier 1997 par Christophe Guy pour participer au projet, je l'ai proposé à mes élèves de seconde. Une douzaine de volontaires ont réagi avec un certain enthousiasme. Voilà comment le lycée Le Rebours se retrouva le seul établissement secondaire français dans ce projet international (1). Calliopée II regroupe deux fois plus d'établissements dispersés de l'Ontario à la Réunion.

Objectifs pédagogiques

Il s'agissait d'abord d'initier les élèves à Internet en utilisant le nouvel accès mis en libre-service au C.D.I. à la rentrée 1996. Calliopée permettait d'apprendre aux élèves à rechercher de l'information sur le web. Une expérience antérieure avait permis de leur montrer comment envoyer et recevoir du courrier électronique. Les élèves purent ainsi recevoir les messages diffusés aux différents participants au projet.

Mettre les élèves en situation d'échange constitua un second objectif, particulièrement important, du projet. Calliopée supposait un minimum de coordination avec les Canadiens pour respecter des normes graphiques. Les élèves devaient également échanger des informations et apprendre à travailler en groupe sur une assez longue période. L'échange entre profs était aussi nécessaire. Un projet de ce type mobilise des compétences très larges, du graphisme à l'anglais en passant par la rédaction française. Dans un système scolaire où la communication n'est pas facile, même si elle est evidemment à la base même de l'enseignement, avec des élèves qui ne sont pas tous entraînés à expliciter et argumenter, il y avait là un enjeu fondamental.

Calliopée donnait l'occasion de transformer les élèves en enquêteurs pour résoudre les problèmes de géographie urbaine qui leur étaient posés. Le projet imposait de définir clairement des problématiques, de recueillir des informations livresques ou sur le web, de réaliser des documents graphiques ou photographiques, d'analyser cartes et photos, de préparer des interviews et enfin de rédiger une synthèse. Tous les objectifs des habituels dossiers étaient présents, auxquels il fallait ajouter ceux imposés par le web : le traitement d'interviews, de documents sonores et photographiques par exemple.

Ainsi, autour de quelques thèmes de géographie, se dessine le principal objectif : donner du sens au travail des élèves. D'abord par la cohérence et les liens que le projet effectue entre les disciplines, entre les problématiques et le vécu des élèves, entre le travail "théorique" du cours et un aboutissement concret. D'autre part par les contacts avec des acteurs "authentiques" de l'extérieur : responsables d'association, élus, etc... Ceux-ci démontrent, si nécessaire, que l'aménagement n'est pas qu'un chapitre de manuel. Enfin par l'enjeu que représente une oeuvre de création collective rendue publique sur un réseau planétaire.

Un autre aspect motivait également la démarche : la formation du citoyen. A travers les exemples concrets d'aménagement, les élèves ont été amenés à identifier les principaux acteurs qui construisent l'espace dans lequel ils vivent, à rencontrer certains d'entre eux.

Le déroulement du projet Calliopée I

Lors d'une première réunion, les élèves définirent les thèmes de leur recherche. Ils se répartirent le travail entre petits groupes et élirent les deux coordinateurs du projet. Ainsi se mit en place une structure de communication entre les élèves et un fonctionnement coopératif.

Février et mars furent consacrés aux enquêtes et recherches des élèves. Dans un premier moment, les élèves effectuèrent des recherches classiques en bibliothèque. C'est petit à petit que se dessina le besoin de consulter le web ou d'obtenir un entretien. Le professeur utilisa quelques séances de module pour réunir le groupe Calliopée et suivre l'avancée des travaux. Il eut également à décrocher les interviews souhaitées par les élèves.

La préparation des interviews fut un autre moment fort des enquêtes. C'est souvent à ce moment précis que les élèves s'engagèrent personnellement et profondément dans le projet et réveillèrent leur intelligence pour imaginer les "bonnes" questions, c'est-à-dire assimiler les problèmatiques.

Avril fut le mois de la réalisation. Les élèves durent passer du papier au support informatique et scanner les documents à importer. Les pages furent réalisées avec le traitement de texte Word complété par un programme gratuit trouvé sur le site de Microsoft qui permet de sauvegarder des fichiers au format html. Avec le bloc-note de windows, le professeur put rectifier certains détails (alignement précis des images par exemple). Ainsi le site fut réalisé, dans les temps, avec très peu de moyens.

Quels objectifs ont été atteints ?

Le résultat peut être consulté, avec ses imperfections, sur Internet à http://www.ambafrance.org/CALLIOPEE.

L'objectif principal était de donner du sens à la vie scolaire, de lutter contre l'ennui en mobilisant les élèves autour d'un projet. Cet objectif fut atteint pour presque tous les élèves. Par exemple, Calliopée réussit à remettre sur les rails de la réussite scolaire deux redoublants en grande difficulté. Pour tous il constitue une expérience enrichissante où les rôles traditionnels du prof et de l'élève furent déplacés. C'est sans doute ce qui explique que ces élèves se sont engagés à nouveau dans un projet similaire cette année (2). Mais le projet fut aussi un révélateur des qualités et blocages personnels. Ainsi un participant ne se sentit pas à l'aise dans une situation de communication que ses camarades trouvaient motivante et livra un travail peu approfondi. Ce fut le seul cas, fort intéressant, d'échec relatif. Inversement, tel autre élève, assez bloqué devant une feuille de papier, se révéla bon photographe.

L'initiation à internet fut également acquise. En fin d'année, on put calculer que les élèves de cette seconde utilisèrent à eux seuls un quart du temps passé par l'ensemble des élèves du lycée sur internet.

Six mois après son ouverture, le site Calliopée avait reçu près de 5000 visiteurs ayant parcouru environ 50.000 pages.

Quelques enseignements pour le professeur

Ce type de projet s'adapte bien à une classe fortement hétérogène. Cependant il est important que le professeur détecte avant le lancement du projet ces différences et qu'il intervienne dans la répartition des tâches pour que chacun puisse s'appuyer sur ses points forts.

Une étape importante est la mise en évidence des problématiques. Le professeur devra y consacrer une séance au début du projet et veiller à ce qu'elles soient explicitées et reformulées.

Un autre pré-requis est la formation aux moteurs de recherche. Il convient de l'effectuer le plus tôt possible également pour bien faire comprendre ce qu'est un hypertexte.

Les interviews sont indispensables aussi bien pour la démarche citoyenne du projet que pour l'engagemnt des élèves. Il y a donc lieu de les prévoir le plus tôt possible dans l'avancée du projet. D'autant plus qu'ils ne sont pas toujours aisés à obtenir.

Un projet comme Calliopée exige beaucoup de l'enseignant qui doit faire face aux détails matériels des enquêtes. Mais toute l'équipe éducative est sollicitée. D'abord pour gérer le temps scolaire puisque certains élèves doivent s'absenter. Ensuite parce que la réalisation des pages nécessite des compétences diverses. Autrement dit la réussite du projet est liée à la cohérence de l'équipe pédagogique. A partir de là on peut imaginer que le projet des élèves améliore (voir fonde) l'équipe, ou qu'il soit rendu plus difficile par son absence. C'est le prix de la cohérence de la formation suivie par les élèves.

Et quelques difficultés mises en évidence

Les difficultés techniques furent assez facilement résolues. Encore faut-il que les élèves aient un accès aisé au web, au courrier électronique, aux logiciels de création de pages. Mais Calliopée se heurta à des obstacles plus sérieux.

D'abord dans l'organisation du temps. Le découpage taylorien du temps scolaire se prête mal à une démarche de projet. Où trouver le temps pour "chater" (c'est à dire échanger en direct) avec les Canadiens sachant que, du fait du décalage, ce n'est possible que sur une tranche horaire réduite ? Où trouver le temps de faire une réunion du groupe pour résoudre un problème précis ? Il a fallu largement piocher dans le temps libre de chacun pour mener à bien le projet. Un peu plus de souplesse dans le temps scolaire aurait permis de mener plus aisément Calliopée. Cela ajouterait également de la cohérence au vécu scolaire des élèves.

Notre rigide grille horaire ne facilite pas non plus le travail d'équipe entre professeurs. Autant celui-ci est nécessaire à l'oeuvre éducative, autant il est ignoré concrètement. Là encore où prendre le temps de réunir 2 ou 3 collègues quand les emplois du temps ne coincident pas ? Heureusement, en seconde, les séquences modulaires permettent quelques aménagements. Mais ce n'est pas le cas d'autres niveaux. Et pourtant la démarche de projet nécessite des compétences transdisciplinaires. C'est une occasion de faire, chez chaque élève, des liens entre les disciplines, c'est à dire de raisonner intelligemment.

Ainsi, le projet Calliopée a également mis en évidence quelques blocages profonds de notre système éducatif.

Internet ouvre des perspectives nouvelles sur le plan pédagogique. Comment s'étonner qu'il bouscule le système existant ?


La classe " branchée " et le prof navigateur


La classe " branchée " serait la classe reliée en permanence au réseau et où l'enseignant aurait intégré internet comme un support majeur, mais non unique, de sa pédagogie. Bien peu l'ont fait. Et il nous faut encore en grande partie imaginer, à partir des utilisations nombreuses mais fragmentées, ce qu'elle pourrait être. Posons quelques pistes.

Internet peut-il faire évoluer la pédagogie ?

Nous commencons à voir que l'engouement pour internet est un levier puissant pour amener la réflexion sur le système éducatif et nos pratiques pédagogiques.

Mais internet n'est qu'un outil de communication qui peut fort bien être récupéré pour maintenir une pédagogie traditionnelle. Somme toute, le téléphone, l'imprimerie, le minitel sont des outils de communication plus anciens et dont nous n'avons pas encore tiré tout le suc éducatif. Faut-il rappeler qu'entre l'utilisation du manuel et la pratique de l'imprimerie par Freinet il s'est écoulé quelques siècles ? On peut imaginer une utilisation traditionnelle d'internet qui ne déplacerait aucun élément du système.

Mais ce sera difficile ! D'abord parce qu'internet est particulièrement alléchant par sa dimension planétaire, la richesse et la variété de ses informations. Ensuite parce que la société bouge. Elle aura besoin de citoyens et d'actifs capables d'utiliser les outils de communication, au travail ou dans la vie quotidienne, avec intelligence et efficacité. Elle intègrera dans le système scolaire des élèves plus hétérogènes.

Quelles compétences enseigner dans une société de l'information ?

L'élève d'aujourd'hui est habitué à une information rare, peu variée, contrôlée par l'enseignant. Sur le réseau, il se trouve face à une avalanche d'informations de qualité variable si ce n'est douteuse. Il devra apprendre à trier et surtout à évaluer rapidement les informations qu'elle qu'en soit la forme : textuelle, photographique, sonore etc.... L'école devra effectuer cet apprentissage d'une " diététique de l'information ", pour reprendre une formule de Joël de Rosnay. Développer le sens critique, ou plutôt la méthodologie de la critique documentaire, exercer au maniement rapide des outils documentaires sont des objectifs prioritaires.

Dégager des informations, les restituer à l'état brut ne suffit pas. Encore faut-il les utiliser pour construire pierre après pierre des savoirs. Cela passe par l'expression par l'élève de son raisonnement et de ses étapes. Les techniques d'expression, particulièrement l'expression écrite, prendront une importance d'autant plus grande que l'élève pourra moins s'abriter derrière celle du maître. On distingue tout de suite les conséquences que cette exigence peut avoir pour la démocratisation de l'école.

Quelle organisation de la classe ?

Aujourd'hui l'élève est presque en permanance en situation frontale face à un enseignant qui dispense les connaissances, en s'appuyant de façon épisodique sur des documents. L'enseignement est largement centré sur l'activité du maître.

Sur Internet, l'élève est mis en situation de recherche. Face à la machine, il prend davantage en charge son apprentissage. L'enseignement se recentre sur son activité. Les activités d'expression et de communication de l 'élève prennent plus d'importance.

Particulièrement la communication entre élèves. C'est elle qui permet de partager les apprentissages, de les restituer. Le travail de groupe prend plus d'importance. Il est donc souhaitable de développer une gestion coopérative, autour de projets, du groupe classe alternant des temps différents et des participants différents.

Quelle gestion du temps scolaire ?

Aujourd'hui le temps scolaire est émietté en tranches horaires de façon incohérente. Les liens entre les disciplines se font mal. Les compétences sont enseignées et évaluées séparément. Il n'y a pas d'unité, par suite l'apprentissage paraît souvent à l'élève vide de sens.

Internet permet de recentrer sur des projets créatifs les apprentissages. Cela implique plus de souplesse dans le temps scolaire. S'il est nécessaire de garder également des repères fixes, il devient économique de pouvoir dégager des plages horaires autour d'une construction globalisante.

Les liens entre les disciplines deviennent vitaux. Qu'il s'agisse d'analyser l'information ou de restituer, l'élève mobilise des compétences variées allant de l'expression écrite au graphisme, du français à l'anglais, du repérage géographique au calcul mathématique. L'interdisciplinarité, toujours pas atteinte dans la plupart des cas, doit s'imposer.

Quelle place pour le professeur ?

Aujourd'hui le professseur est le dispensateur du savoir. Sur internet, le professeur est loin d'être le seul moyen d'accès au savoir. Les sites internet en regorgent. Les camarades véhiculent également l'information à travers leurs trouvailles et leur cheminement.

Est-ce à dire que le professeur devient inutile ?

Il fixe d'abord les objectifs à atteindre en exprimant ses intentions. Il navigue avec les élèves et accompagne leur cheminement. Il fixe les escales où le travail est partagé et où la conceptualisation se fait.

Autrement dit, par son art de la navigation, il est là pour apprendre à apprendre.

Bien loin d'être expulsé de l'espace classe, il doit être celui qui fixe le cap et vérifie que la barre est bien tenue.

François Jarraud

Lycée Le Rebours, Paris

fjarraud@geonet.fdn.fr

http://www.fdn.fr/~fjarraud

Bibliographie

- Jean-Pierre Archambault, De la télématique à Internet, Guide d'usages pédagogiques, Collection de l'ingénieurie éducative, CNDP, 1996.

- J.M. Baldner, V. Marbeau, L'histoire,la géographie et l'informatique. Les techniques de l'information et de la communication et les nouveaux programmes d'histoire et de géographie, CRDP de Poitiers, Décembre 1997.

- Robert Bibeau, L'élève rapaillé, Cahiers Pédagogiques n°362, mars 1998, pp 20-21.

- Rachel Cohen, Une mutation dans l'éducation. La communication télématique internationale, Retz, 1995.

- Hélène Godinet, Les " réseaux buissoniers ". Quelques réflexions sur la production d'écrits interactifs, Actes du Colloque " Réseaux technologiques, réseaux humains ", Xème congrès du CIPTE, Montréal octobre 1995, consultable à http://www.alpes-net.fr/~fbocquet/pnrv/ecoles.

- François Jarraud, Internet, communication et enseignement de l'histoire-géographie, Revue de l'EPI, n°80, décembre 1995.

- Monique Linard, La nécessaire médiation humaine, Cahiers Pédagogiques n°362, pp. 11-13.

- Victor Marbeau, Apports de l'informatique et des technologies de la communication dans l'enseignement secondaire, Revue de l'EPI, n° 79, septembre 1995.

- Benoît Monthuber, La pédagogie Freinet et les technologies informatiques, Cahiers Pédagogiques n°362,mars 1998, pp 48-49.

- Susan Petterson, Using the multimedia tools of the internet for teaching history in K-12 schols, Proceedings of the fourth international Conference on Computers in the History Classroom, Luxembourg, avril 1995, Cahiers d'Histoire II, Luxembourg, 1996, pp. 157-174.

- Joël de Rosnay, Pour une diététique de l'information, Cahiers Pédagogiques n°362, mars 1998, pp. 8-9.

- Dominique Ruhlmann, Internet, mode d'emploi pour l'enseignant, CRDP de Rennes, 1996.

- Jacques Tardif, Communication au congrès de l'Aquops d'avril 1996, disponible à http://aquops.qc.ca/ntic/tic_article_1.html

Encadré : Quelques adresses électroniques

- http://www.ambafrance.org/CALLIOPEE/ : le site du projet Calliopée

- http://www.fdn.fr/~rebours/projets.htm : présentation des projets Calliopée et Ville 98 au lycée Le Rebours. On y trouve les fiches pédagogiques remises aux élèves.

- http://www.fdn.fr/~fjarraud : sur le web de l'auteur un certain nombre de fiches pédagogiques.

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